Science-fiction - Partie 2

 

Elle est aussi marquée par son temps, en particulier dans les années 1930-1940 : à travers les poncifs du genre transparaissent des thèmes nationaux et populistes :

« On définit souvent ainsi la « dernière » époque Gernsback : des récits sans véritable rigueur narrative, où les aventures s'enchaînent de façon simpliste, où la « conjecture » est réduite à un changement de décor et l'altérité des peuples et planètes extra-terrestres, simplifiée en « danger universel » ; un merveilleux scientifique proche du scientisme et s'encombrant moins de rigueur que de brillant ; une action frénétique mise au service d'une morale réactionnaire. »[14]

La science-fiction n'échappe pas non plus à l'influence du nazisme (voir Science-fiction et nazisme).

Cette période fut aussi marquée par l'émergence du cinéma, né en 1895. Celui-ci se tournera très tôt vers la science-fiction et le fantastique, avec Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès (1902) et les films de l’expressionnisme allemand, comme le Nosferatu (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens) de F.W. Murnau (1922) et Metropolis de Fritz Lang (1927). Parmi les films majeurs de cette période, on peut citer Frankenstein (James Whale, 1931), King Kong (Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, 1933), qui étonna par ses effets spéciaux, Le Jour où la Terre s'arrêta (The Day the Earth Stood Still, Robert Wise, 1951 — qui réalisera plus tard le premier Star Trek) et Planète interdite (Forbidden Planet, Fred M. Wilcox, 1956). Mais il ne faut pas oublier une production plus populaire mais aussi emblématique, caractérisée (avant l’ère de la télévision) par les serials, films découpés en épisodes, dont les héros s’appelaient Flash Gordon (1936, 13 épisodes) ou Buck Rogers (1939, 12 épisodes).

La bande dessinée ne fut pas en reste, avec l’explosion des comics comme Buck Rogers et Flash Gordon, et ceux qui sont consacrés aux super-héros (Superman, Batman, Wonder Woman (de la DC Comics), ou bien encore Spider-Man, les Quatre Fantastiques, les X-Men (de la Marvel)).

En France, de 1953 à 1962, les publications Artima développèrent ce genre dans des publications de kiosque, avec des histoires originales (Meteor, Atome Kid), et des traductions de matériel britannique (La Famille Rollinson dans l’espace) ou américain (Aventures Fiction, Sidéral, etc.).

Mutations des années 1960-1970 [modifier]

Illustration de couverture du Galaxie bis n°45 (1975)
Illustration de couverture du Galaxie bis n°45 (1975)

Depuis les années 1960-1970 émerge une science-fiction plus mûre. Elle se penche sur notre société et propose souvent des réflexions sur des problèmes immédiats (écologie, sociologie, rôle des medias, rapport au pouvoir, aux nouvelles technologies, à l’histoire). Elle est ancrée dans son temps et ses problématiques, tout en restant œuvre d’évasion. Cela n'empêche pas les éditeurs de continuer à publier une science-fiction purement distractive.

La science-fiction a également exploré d'autres voies à travers l'expérimentation stylistique. En Grande-Bretagne, la New Wave est née autour de Michael Moorcock et sa revue New World (J. G. Ballard, dont le roman Crash est un bon exemple des recherches formelles poursuivies par cette école). Aux États-Unis s'est développée la New Thing (Harlan Ellison, Roger Zelazny) et en France, Michel Jeury s'est inspiré du Nouveau Roman dans Les Singes du temps et Le Temps incertain.

Aujourd’hui [modifier]

Depuis lors, la science-fiction est un genre riche et diversifié. Elle mêle des œuvres de grande qualité (et a gagné ses lettres de noblesse littéraires avec des auteurs comme Ray Bradbury) à de la « littérature de gare ». Parmi les auteurs contemporains, on peut citer Orson Scott Card, Dan Simmons et Peter F. Hamilton (actuellement best-seller en Grande-Bretagne et considéré comme le rénovateur du genre space opera).

Les sous-genres, évoqués au début du texte, se sont aussi multipliés et de nouveaux continuent d’apparaître.

Une nouvelle géographie [modifier]

La science-fiction a aussi étendu son essor géographiquement, bien au-delà des États-Unis. On a vu, par exemple, une « nouvelle vague » de science-fiction française dans les années 1970 (avec, entre autres, Pierre Pelot (alias Pierre Suragne), Jean-Pierre Andrevon, Gérard Klein (également responsable de la collection Ailleurs et Demain des éditions Robert Laffont, qui a beaucoup fait pour donner à cette littérature ses lettres de noblesse), Michel Jeury, Philip Goy, Dominique Douay ou encore Philippe Ebly (pour les enfants et adolescents des années 1970 et 1980). On compte aussi de nombreux auteurs de talent dans les pays de l’Est (rarement traduits en français) avec à leur tête le Polonais Stanislas Lem (Stanisław Lem) et les frères russes Arcadi et Boris Strougatski.

Si en France les revues spécialisées n'ont jamais joué un rôle de premier plan, comme aux États-Unis, elles n'en existent pas moins. Parmi les principales, on peut citer Bifrost, Epic Magazine (disparue), Fiction, Galaxie (magazine), Horizons du Fantastique (disparue), Khimaira, Lunatique, Science fiction magazine, Solaris, Univers.

Au cinéma [modifier]

Aujourd’hui, la science-fiction est toujours bien présente. Elle a gagné plusieurs lectorats, s’est popularisée avec le cinéma et nombre de ses thèmes sont ancrés dans l’esprit de chacun. La science-fiction est un des genres majeurs du cinéma, soit sous la forme d’adaptations d’œuvres littéraires, soit sous la forme de créations originales. Le Voyage dans la Lune (1902) de Georges Meliès est ce que l'on peut considérer comme le premier film de science-fiction. Parmi les films importants qui imposèrent un certain nombre de standards, on peut retenir 2001, l’odyssée de l’espace (2001 : A Space Odyssey (1968)), de Stanley Kubrick, La Guerre des étoiles (1977), de George Lucas, Alien - Le huitième passager (1979), Blade Runner (1982), de Ridley Scott, tiré d’un roman de Philip K. Dick, ainsi que la série télévisée Star Trek (à partir de 1966), sans oublier Stargate (1994), de Roland Emmerich et ses séries à succès Stargate SG-1, Stargate Atlantis et Stargate Universe (respectivement, à partir de 1996,2004 et 2008). Plus récemment le remake La Guerre des Mondes, d’après H.G. Wells, réalisé par Steven Spielberg, qui a également réalisé en 2002 Minority Report, d'après une nouvelle de Philip K. Dick et encore Bienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol (Gattaca, 1997). L’idée que l’on a du film de science-fiction est souvent associée à une débauche d’effets spéciaux, mais il existe des films dits de « science-fiction minimaliste », qui mettent en scène la fiction sans aucun effet spécial, uniquement en jouant avec le cadrage, la mise en scène, le jeu d’acteurs et la musique ; citons, par exemple, La Jetée de Chris Marker (1962), Solaris et Stalker d’Andrei Tarkovsky (1979), Le Trésor des îles Chiennes de François-Jacques Ossang (1990), ou encore FAQ: Frequently Asked Questions de Carlos Atanes (2004).

Voir une chronologie détaillée dans l'article Chronologie du cinéma de science-fiction

Dans le cinéma et les séries d’animation [modifier]

Concernant le cinéma d’animation, les Japonais occupent une place prépondérante tant au cinéma qu’à la télévision (on parle d’anime ou de manga eiga pour désigner ces réalisations), avec notamment des réalisateurs comme Leiji Matsumoto (univers d'Albator et ses dérivés), Katsuhiro Otomo (Akira) et Mamoru Oshii (Ghost in the Shell). Mais des réalisations françaises (Le Secret des Sélénites ou Les Fabuleuses Aventures du légendaire Baron de Munchausen de Jean Image, Gandahar), ou bien états-uniennes (Métal hurlant), font partie intégrante du développement de la science-fiction dans le cinéma d’animation.

La déferlante des séries d’animation japonaises (parfois co-produites avec des Français ou des Américains), qui constituèrent l'essentiel des programmes « jeunesse » de la télévision française durant la décennie 1978-1988, contribua largement à populariser le genre en France, bénéficiant d’une diffusion médiatique de masse sur des chaînes hertziennes (TF1, Antenne 2, FR3, puis La Cinq) aux heures de grande audience. De ce fait, des séries telles que Goldorak, Capitaine Flam, Albator, Il était une fois... l'Espace, La Bataille des planètes et Ulysse 31 ont marqué une génération d'enfants français.

En bande dessinée [modifier]

En bande dessinée, la science-fiction est l’occasion de développer des univers esthétiques fabuleux.

Aux États-Unis, après l’explosion des comics comme Buck Rogers et surtout Flash Gordon d'Alex Raymond (1934). Les précurseurs français sont Raymond Poïvet et Roger Lecureux avec les Pionniers de l'Espérance (1945), Marijac et Auguste Liquois ou Pierre Duteurtre avec Guerre à la Terre publié par Coq hardi (1946/47) et Kline avec Kaza le Martien parut dans l'hebdomadaire OK (Belgique), de 1946 à 1948. Cette bande dessinée s'inspirait de Flash Gordon. En 1947 au Québec, le journal Le Progrès du Saguenay publie la première bande dessinée de science-fiction du pays : Les Deux Petits Nains, du jeune Paulin Lessard.

Il est difficile de ne pas parler d'Edgar P. Jacobs, dont Le Rayon U fut publié en 1943. À la fin des années 1940, il créé la série des aventures de Blake et Mortimer, un classique du genre.

Il y eut ensuite Barbarella (1962) de Jean-Claude Forest, Les Naufragés du temps (1964) de Paul Gillon et Jean-Claude Forest, Lone Sloane (1966) de Philippe Druillet, Luc Orient (1967) d'Eddy Paape et Greg et enfin et surtout Valérian, agent spatio-temporel devenu plus tard Valérian et Laureline de Jean-Claude Mézières, Pierre Christin et Evelyne Tran-Lê (de 1967 à aujourd'hui) qui popularisa le genre science-fiction en bande dessinée. Christin et Mézières souhaitaient que les aventures de Valérian et Laureline soient aussi des histoires de politique-fiction (écologie, relation de classes ou de travail, féminisme, syndicalisme, etc.) plutôt situées à gauche[15] mais non directement ou ouvertement politique comme il peut y en avoir dans Charlie-Hebdo[16]. Mézières fut largement pillé par les décorateurs et les costumiers de George Lucas, qui possédait, entre autre, nombre des albums de Valérian dans sa bibliothèque, pour La Guerre des étoiles (1977)[17],[18].

Roger Leloup est un scénariste et dessinateur belge dont la série Yoko Tsuno se déroule dans un univers empreint de science-fiction.

Certains albums des Aventures de Tintin et Milou peuvent être classés dans la catégorie "science-fiction", par exemple On a marché sur la Lune, qui raconte, avec quinze ans d'avance, le premier voyage sur la lune, ou Vol 714 pour Sydney, qui fait intervenir des extraterrestres.

Parmi les grands créateurs du genre, on compte beaucoup de dessinateurs et de scénaristes français ou travaillant en France, notamment ceux qui gravitent autour du journal Métal hurlant ; citons, par exemple, Enki Bilal, Caza, Philippe Druillet, Alejandro Jodorowsky, Olivier Ledroit, Moebius et Olivier Vatine. Pareillement avec le magazine bimensuel Ere comprimée avec Dick Matena, Rafa Negrete ou encore Cacho Mandrafina.

Aux États-Unis, on peut citer Alex Raymond, Richard Corben, Frank Miller, et les anglais Simon Bisley, Pat Mills (scénariste) et Alan Moore (scénariste).

En 1950, Frank Hampson créa pour le magazine anglais Eagle, Dan Dare, Pilot of the Future.

Les mangas (bandes dessinées japonaises) exploitent elles aussi énormément les thèmes de la science-fiction et du fantastique. Citons par exemple Go Nagai, Katsuhiro Otomo et Masamune Shirow.

Fandom, lectorat et prix littéraires [modifier]

La littérature de science-fiction a généré une importante activité : du fait de sa publication relativement marginale, elle a très tôt suscité la création de formes d'institutionnalisation qui lui étaient refusées par la littérature « distinguée » et la critique littéraire source de légitimité. Des communautés d'initiés se sont créées : l'expression fandom de la science-fiction ou fandom SF fait ainsi référence à la communauté de gens dont l'un des intérêts principaux réside dans la science-fiction, ces personnes étant en contact les uns avec les autres en raison de cette passion commune.

Des prix littéraires ont aussi été créés, d'abord par les amateurs de science-fiction, puis par des éditeurs qui ont marqué une professionnalisation du genre. Les plus importants de ces prix sont le Prix Hugo et le Prix Nebula pour les USA et pour la France le Grand Prix de l'Imaginaire et le Prix Rosny.

Le lectorat de la science-fiction est majoritairement composé de garçons, collégiens ou lycéens.[19]

Bibliographie [modifier]

Études [modifier]

  • Jacques Baudou, La Science-fiction, Éditions Presses Universitaires de France
  • Amis Kingsley (Préface de Jean-Louis Curtis), L’Univers de la science-fiction, traduit de l'américain par Élisabeth Gille, Éditions Payot, 1962
  • I. Langlet, La Science-fiction. Lecture et poétique d'un genre littéraire, Armand Collin, 2006
  • Gilbert Millet et Denis Labbé, La Science-fiction, Éditions Belin, janvier 2002
  • André-François Ruaud et Raphaël Colson, Science-fiction, une littérature du réel, Éditions Klincksieck, mars 2006
  • Richard Saint-Gelais, L'Empire du pseudo : modernités de la science-fiction, Québec, Nota Bene, 2005, ISBN 2895180342
  • Darko Suvin, Pour une poétique de la science-fiction, Presses de l'Université du Québec, 1977

Dictionnaires et encyclopédies [modifier]

  • Claude Aziza & Jacques Goimard, Encyclopédie de poche de la science-fiction, Éditions Presses Pocket, 1986
  • Clute, John and Peter Nicholls, eds., The Encyclopedia of Science Fiction. New York: St Martin's Press, 1995. ISBN 0-312-13486-X.
  • Stan Barets, Le Science-fictionnaire (anciennement « Catalogue des âmes et cycles de la science-fiction » publié en 1981), Éditions Denoël, coll. « Présence du futur »
  • Francis Berthelot, Bibliothèque de l’Entre-Mondes : Guide de lecture, les transfictions, Éditions Gallimard, coll. « Folio science-fiction »
  • Jacques Goimard, Critique de la science-fiction, Éditions Pocket, coll. « Agora », 2002.
  • Lorris Murail, Le Guide Totem de la science-fiction, Éditions Larousse, 1999
  • Alain Pelosato, "Un siècle de cinéma fantastique et de SF", Editions Le Manuscrit, 2005, suivi de "Le cinéma fantastique et de SF en 2005" et "Le cinéma fantastique et de SF en 2007" chez le même éditeur.
  • François Rouiller, 100 mots pour voyager en Science-Fiction, Éditions Les Empêcheurs de Penser en Rond, 2006
  • Francis Valéry, Passeport pour les étoiles, Éditions Gallimard, coll. « Folio science-fiction »
  • Pierre Versins, Encyclopédie de l'utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, l'Âge d'homme, 1972
  • Brian Ash, "Encyclopédie visuelle de la science fiction", Albin Michel. ISBN 2-226.00691.5

Références bibliographiques [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. A Little Earnest Book Upon A Great Old Subject, p. 137, disponible sur Google Livres.
  2. Citations de cette expression sur le site Science Fiction Citations.
  3. Citations de cette expression sur le site Science Fiction Citations.
  4. ab Cf. « Le nouveau petit Robert, dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française », Éditions du Dictionnaire Le Robert, 1993.
  5. Voir, par exemple, la définition du Trésor de la langue française.
  6. Voir un échantillon sur Wikipedia anglophone : Definitions of science fiction.
  7. The Cambridge Companion to Science Fiction, Cambridge University Press, 2003, pp. 3-6.
  8. Philip K. Dick, lettre du 14 mai 1981.
  9. Westfahl, Gary, "Introduction", Cosmic Engineers: A Study of Hard Science Fiction (Contributions to the Study of Science Fiction and Fantasy), Greenwood Press, p. 2. ISBN 978-0313297274.
  10. I. Langlet, La Science-fiction, Lecture et poétique d'un genre littéraire, Armand Collin, 2006, p. 134.
  11. Jean Gattégno, La Science-fiction, Que sais-je, 1426, 1971, p.9.
  12. I. Langlet, La Science-fiction, Lecture et poétique d'un genre littéraire, Armand Collin, 2006, p. 142.
  13. La Grande Anthologie de la science-fiction, Histoires de robots, « Introduction à l'anthologie », p. 9.
  14. I. Langlet, La Science-fiction, Lecture et poétique d'un genre littéraire, Armand Collin, 2006, p. 143.
  15. Auracan n° 21 éditions Graphic Strip 1998 ISSN 0777-5962
  16. Les Cahiers de la bande dessinée n° 7 éditions Jacques Glénat 1970
  17. Sur les traces de Valérian et consorts Libération 13/10/1999
  18. Noirs dessins Jean-Philippe Guerand Le Nouveau cinéma novembre 1999
  19. Enquête de la revue Lecture-Jeune. Voir aussi S. Manfrédo, La Science-fiction, aux frontières de l'homme, p. 126.

Voir aussi [modifier]

Liens internes [modifier]

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Liens externes [modifier]


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09/05/2008
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