La conquête de l’espace n’est pas pour demain

 

La conquête de l’espace n’est pas pour demain

L’homme n’est pas fait pour l’espace ! C’est ce que vient de confirmer une expérience en apesanteur menée par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Les résultats de cette étude s’ajoutent aux différents problèmes de santé déjà observés chez les astronautes.

Avant même Youri Gagarine, l’homme rêvait de coloniser l’espace. Pourtant, cette conquête risque de s’avérer encore longtemps inaccessible : comme le confirme une expérience menée par une équipe grenobloise du CEA, l’homme n’est décidément pas fait pour quitter le plancher des vaches.

Dans cette expérience, parue dans la revue Proceedings of the National Academy of Science*, les chercheurs ont observé la formation in vitro (en milieu artificiel de laboratoire) de l’un des composants essentiels des cellules : le cytosquelette (ou "squelette" des cellules). Celui-ci est composé de plusieurs tubes très fins, les microtubules, qui servent notamment à structurer les cellules ou au transport de certaines substances. Ces microtubules sont formés de petites protéines appelées tubulines.

Anarchie dans l’espace

Lorsque le cytosquelette se forme, les microtubules s’organisent les uns avec les autres en constituant notamment des bandes, clés de voûtes de la future cellule. L’équipe du CEA a cherché à savoir si ce mécanisme fonctionnait toujours en apesanteur. Ils ont donc utilisé une fusée de l’Agence spatiale européenne (ESA). Ils ont embarqué la tubuline et un composé chargé de fournir l’énergie nécessaire à la fabrication du cytosquelette. Les résultats de leurs observations ont alors montré que les microtubules en formation s’organisaient de manière anarchique lorsqu’ils se trouvaient en apesanteur.

Ce simple désordre pourrait sonner le glas de la conquête spatiale : le cytosquelette est en effet l’un des éléments essentiels à la division cellulaire. Si cette division ne peut se faire correctement, l’homme se verra interdire les très longs séjours dans l’espace, sous peine de graves problèmes de santé. D’après les chercheurs, ce mécanisme pourrait d’ailleurs être à l’origine de la baisse des défenses immunitaires remarquée chez certains cosmonautes : le système immunitaire est en effet le siège de nombreuses divisions cellulaires, notamment des globules blancs.

Des problèmes de santé en apesanteur souvent sans gravité

Ce problème de baisse des défenses immunitaires n’est que l’un des nombreux tracas qu’entraîne un séjour dans l’espace. Le fait de vivre ainsi en apesanteur a plusieurs conséquences sur la santé. Le problème le plus connu est le "mal de l’espace". Il affecte le cerveau, et surtout le sens de l’équilibre : une fois en apesanteur, les "capteurs" de position situés au niveau de l’oreille interne sont totalement désorientés. Ce phénomène est à l’origine de nausées qui disparaissent généralement au bout de quelques jours. Le séjour en apesanteur entraîne également une atrophie ( diminution de volume) de certains muscles qui nécessite la pratique régulière d’exercice.

Un autre problème plus grave est celui de la fragilisation osseuse. En effet, la pesanteur semble nécessaire au renouvellement des os : dans l’espace, notre squelette se met à perdre petit à petit son calcium. Ce phénomène oblige ainsi à des exercices quotidiens lors du séjour en orbite et également à des exercices une fois de retour sur Terre, afin d’éviter les fractures.

D’autres problèmes sans gravité peuvent apparaître, tel que des insomnies dues à la disparition de l’alternance jour/nuit.

La conquête spatiale n’est donc pas encore à portée de main. L’homme devra certainement attendre d’avoir mis au point la gravité artificielle avant d’espérer s’aventurer hors du système solaire. Jusqu’à ce jour, s’aventurer dans l’espace restera un problème de poids…

Alain Sousa

*Proc. Natl. Acad. Sci. USA, Vol. 97, Issue 15, 8364-8368, July 18, 2000



31/10/2013
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