Culte du cargo

 

Culte du cargo

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Une croix de cérémonie de John Frum sur l'île de Tanna, Nouvelles Hébrides (maintenant Vanuatu), 1967.

Le culte du cargo est un ensemble de rites « millénaristes »[1],[2] qui apparaissent chez les aborigènes, notamment en Mélanésie (Océanie), en réaction à la colonisation. Il consiste à imiter les opérateurs radios américains et japonais commandant du ravitaillement en espérant déboucher sur les mêmes effets. En effet les indigènes ignorent l'existence et les modalités de production occidentale ; dès lors ils attribuent l'abondance et la sophistication des biens apportés par cargo à une faveur divine[2]. Le culte a pris naissance en Mélanésie. Quasiment toute la Mélanésie, des îles Fidji à la Papouasie-Nouvelle-Guinée l'adopta simultanément - à l'exception de la Nouvelle-Calédonie. Mais ce culte ne connaîtra une longévité exceptionnelle qu'à Tanna.

Des indigènes, ayant constaté que les radio-opérateurs des troupes au sol semblaient obtenir l’arrivée de navires ou le parachutage de vivres et de médicaments simplement en les demandant dans leur poste radio-émetteur, eurent l’idée de les imiter et construisirent, de leur mieux, de fausses cabines d’opérateur-radio — avec des postes fictifs — dans lesquels ils demandaient eux-aussi — dans de faux micros — l’envoi de vivres, médicaments et autres équipements dont ils pouvaient avoir besoin. Plus tard, ils construiront même de fausses pistes d'atterrissage en attendant que des avions viennent y décharger leur cargaison.

Sommaire

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Naissance dans les îles d'Océanie [modifier]

L’île de Tanna fait partie des archipels Vanuatu, situées en Mélanésie à l’ouest des îles Fidji et à l’est de l’Australie. Habitées depuis des millénaires par les peuples de l’Océanie, ces archipels ont respectivement été explorés par les Portugais (1606), les Français (1768) et les Anglais (1774), administrant ces îles conjointement à partir de 1887. Durant la Seconde Guerre mondiale, la présence des Japonais et des Américains dans le Pacifique, ainsi que l’abondance de leurs équipements et de leurs biens, ont donné un nouveau souffle aux mouvements et aux idées « cargoïstes »[3]. L’indépendance des archipels s’est faite en 1980.

Peter Lawrence a écrit, en 1974, dans son livre intitulé Le Culte du cargo (p. 297-298, éditions Fayard) :

« Les indigènes ne pouvaient pas imaginer le système économique qui se cachait derrière la routine bureaucratique et les étalages des magasins, rien ne laissait croire que les Blancs fabriquaient eux-mêmes leurs marchandises. On ne les voyait pas travailler le métal ni faire les vêtements et les indigènes ne pouvaient pas deviner les procédés industriels permettant de fabriquer ces produits. Tout ce qu’ils voyaient, c’était l’arrivée des navires et des avions. »

Le mouvement, le mythe, religion ou terme culte du cargo s’est forgé à travers les théories anthropologiques et études sur les civilisations du Pacifique. Il est la fusion entre, premièrement, les enseignements de missionnaires chrétiens du XIXe siècle, deuxièmement l’abondance des richesses matérielles qui arrivaient par bateaux et plus tard au XXe siècle par avion, ainsi que les croyances mythologiques autochtones ancestrales confrontées au style de vie des Asiatiques, des Européens et des Américains.

En Océanie, le culte du cargo est maintenant un mouvement, à la fois de transformations sociales et de résistance, face aux pratiques et aux valeurs des pays industrialisés[4].

Éléments du culte [modifier]

Le culte du cargo, métaphore et thème [modifier]

L'observation du culte du cargo a conduit à un questionnement : ne sommes-nous pas parfois conduits à appliquer des méthodes par mimétisme, sans réelle réflexion sur le bien-fondé de nos démarches, en pratiquant une sorte de pensée magique alias pensée sauvage[5] ?

En science [modifier]

En 1974, Richard Feynman prononça, à Caltech, un discours de rentrée académique célèbre intitulé « Cargo cult science » (la science du culte du cargo) pour mettre en garde contre la science approximative[6],[7],[8].

En informatique [modifier]

En informatique, on parle de culte du cargo lorsqu'un programmeur emprunte un bout de code (le copier-coller) sans le comprendre et espère qu’il fera la chose attendue dans un tout autre contexte. À un niveau supérieur, ce phénomène peut également se retrouver dans l’adoption d’une méthode de développement logiciel par le chef de projet.

Larry Wall parle aussi de culte de cargo pour qualifier la pratique de certains concepteurs de langages – comme ceux du Cobol – qui essaient d’imiter la forme superficielle de l’anglais sans en comprendre les mécanismes, et en outre sans les adapter à ceux propres aux langages de programmation.

Dans les arts [modifier]

Cargo Culte est une chanson de Serge Gainsbourg (« Je sais, moi, des sorciers qui invoquent les jets ») pleine d’allitérations (« ces lumineux coraux des côtes guinéennes ») qui fait référence au culte du cargo. Elle fait partie de l’album Histoire de Melody Nelson.

Les hommes de la boue est une bande dessinée de la série Martin Milan faisant référence au culte du cargo.

Le film Mondo Cane de 1962 fait référence au culte du cargo dans sa séquence finale, où l'on voit les indigènes construire de fausses tours de contrôle en bambous, de faux avions en paille et de fausses pistes d'atterrissage dans l'espoir d'attirer les cargos et bénéficier de leur largesse. En vain.

Dans le film Galaxy Quest de 1999 on trouve un exemple de culte du cargo inversé : Une espèce extra-terrestre parvient avec succès à reproduire une technologie fictive de série télévisée terrienne.

Réalisme fantastique [modifier]

Le mouvement des années 1960 nommé réalisme fantastique a développé beaucoup de thèmes autour du culte du cargo comme mime maladroit d’une science antique perdue et remise en œuvre des siècles plus tard de manière inadéquate. Deux nouvelles (dont l’une devenue roman) ont particulièrement développé cette idée :

En politique [modifier]

Le culte du Cargo peut désigner des investissements faits sans comprendre les processus culturels qui devraient les précéder, comme, par exemple, dans le cas de collectivités en difficultés économiques à la recherche d'attractivité[9].

Références [modifier]

  1. Britannica, entrées "cargo cult" et "messiah"
  2. a et b Voir aussi la review du livre Road Belong Cargo de Peter Lawrence, Persée [archive], 1966
  3. Visions du monde : Premiers marins : Excursion : Océanie : MCQ [archive]
  4. Cultes du cargo : Océanie : Musée de la civilisation [archive]
  5. Caroline Brun, L'Irrationnel dans l'entreprise, Balland, 1989
  6. Le texte du discours est repris dans son livre Vous voulez rire, monsieur Feynman
  7. (en) [PDF] Richard Feynman, « Cargo Cult Science » [archive], Caltech.edu, 1974
  8. (en) Richard Feynman, « Cargo cult science » [archive], 1974, texte
  9. Magazine d'anticipation politique, Vol. 5 (March 2012), pp. 9-13, //www.citeulike.org/user/luceb/article/10462627 [archive]

Voir aussi [modifier]

Article connexe [modifier]

Lien externe [modifier]

  • (en) Larry Wall et le cobol comme langage culte des cargos


11/06/2013
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