Réalisme fantastique : l'acte fondateur fut le livre de Jacques Bergier et Louis Pauwels intitulé Le Matin des Magiciens

 

Réalisme fantastique

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Le réalisme fantastique est un mouvement qui a connu son heure de gloire dans les années 1960, relayé par la revue Planète, et dont l'acte fondateur fut le livre de Jacques Bergier et Louis Pauwels intitulé Le Matin des Magiciens, sous-titré Introduction au réalisme fantastique, et publié en octobre 1959.

Sommaire

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Un courant de pensée [modifier]

Ingénieur chimiste et écrivain doté d'une grande culture, Jacques Bergier se posait en héritier intellectuel de Charles Hoy Fort, qui avait entrepris de recenser et d'expliquer divers phénomènes inexpliqués, et dont il a préfacé l'édition française du Livre des damnés. Bergier réussit à gagner à sa cause le journaliste Louis Pauwels (futur directeur du Figaro Magazine), qu'il a rencontré en 1954 et qui venait de publier un livre consacré au penseur ésotérique Georges Gurdjieff.

Le réalisme fantastique se présentait comme un courant de pensée et de recherche à vocation scientifique, qui avait pour objet l'étude de domaines généralement exclus par la science officielle : phénomènes paranormaux, alchimie, civilisations disparues, OVNI, etc. Ses adeptes défendaient l'idée que le cerveau humain disposait de pouvoirs quasi-illimités, et que l'humanité avait établi des contacts avec des extra-terrestres, notamment par l'intermédiaire d'anciennes civilisations disparues.

La revue Planète [modifier]

Le succès inattendu et rapide du Matin des Magiciens[1] incita ses auteurs à créer une revue consacrée entièrement à ce même thème : la revue Planète, dont le slogan était « Rien de ce qui est étrange ne nous est étranger ! ». Après deux années passées dans les locaux exigus de l'éditeur Victor Michon, au 8 rue de Berri, (Paris VIIIe), le siège de la revue s'installa dans un immeuble cossu des Champs-Élysées.

Lancée en mars 1961, la revue Planète contient environ 150 pages et paraît à un rythme bimestriel. Elle est imprimée en noir et blanc dans un format carré (17 x 17 cm) car elle est « destinée aux masses les plus larges » selon Louis Pauwels, qui en explique le concept dans son ouvrage Question de, paru en 1972 immédiatement après la disparition de Planète.

Le premier numéro de Planète fut initialement tiré à 5 000 exemplaires et eut cinq retirages. Le pic des ventes dépassa 100 000 exemplaires par numéro. Les ambitions de la revue, qui rassemblait des textes de science-fiction, des articles ésotériques et insolites et des essais d'écrivains, visaient plus à un objectif de remue-méninges qu'à empiéter sur les plates-bandes de revues classiques de vulgarisation scientifique, même si un sondage révéla que 44 % des lecteurs de Planète étaient aussi lecteurs de Science & Vie.

La revue Planète abordait différents domaines :

Le succès de la revue a divisé l'opinion publique des années 1960 : imposture intellectuelle et scientifique pour les uns, révélations inédites pour les autres, elle se distinguait par son anticonformisme et ses innovations rédactionnelles. Des philosophes, sociologues et écrivains tels Mircea Eliade, Edgar Morin, Odile Passeron, Jean-Bruno Renard, Umberto Eco ou Jean d'Ormesson se penchèrent sur ce phénomène éditorial dans divers articles et essais[2].

Un succès incontestable de cette revue est d'avoir fait connaître au très grand public des auteurs comme Jorge Luis Borges, Robert Sheckley, Fredric Brown, Daniel Keyes, Howard Phillips Lovecraft alors que le premier n'était connu que dans un cercle de passionnés de littérature et que les suivants ne l'étaient que des habitués des magazines de science-fiction ou de fantastique.

Parmi les auteurs-phare apparaissaient Aimé Michel, Rémy Chauvin, George Langelaan, Bernard Heuvelmans, Charles Noel Martin, Jean E. Charon, Raymond de Becker, Gabriel Véraldi, François de Closets, Jacques Mousseau (rédacteur en chef, et futur concepteur de l'émission télévisée Temps X), René Alleau, Henri Laborit, Jacques Lecomte et Guy Breton. Plusieurs dessinateurs et peintres de renom y firent leurs classes : Roland Topor, Jean Gourmelin, René Pétillon, Pierre Clayette, Pierre-Yves Trémois, etc. La secrétaire de rédaction était Arlette Peltant.

Planète sera édité dans une douzaine de langues étrangères avec des déclinaisons en Europe et en Amérique du Sud (Pianeta, Horizonte, Planeta, Bres, Planet, etc.), ainsi qu'une édition en langue arabe en 1969[3].

La revue s'interrompt d'abord en mai 1968 après 41 numéros avant de reparaître quelques mois plus tard sous le titre Le Nouveau Planète (23 numéros de septembre 1968 à août 1971). Elle sera définitivement arrêtée au début des années 1970, Pauwels souhaitant s'orienter vers d'autres entreprises. Un éphémère Nouveau Nouveau Planète, ou « Planète grand format », dirigé par Marc de Smedt, paru entre fin 1971 et avril 1972, sera abandonné après trois numéros.

Planète et ses satellites [modifier]

La revue a publié à partir de 1963 une trentaine de numéros hors-série d'environ 250 pages dans la collection « Encyclopédie Planète » et dix-sept suppléments, dans la série « Anthologie Planète », qui regroupent des textes d'auteurs sur un sujet donné sous la responsabilité de l'écrivain de science-fiction Jacques Sternberg.

En complément, la rédaction a lancé des éditions à thèmes (« Présence Planète », « Planète Action », « Planète Plus », « Planète Histoire »...), édité une édition œcuménique de la Bible en trois volumes, dans la collection des « Trésors spirituels de l'humanité », et une épopée des civilisations humaines à travers la dizaine d'ouvrages de la série « Métamorphoses de l'humanité ».

Louis Pauwels créa à cette occasion un petit groupe de presse, les éditions Retz, qui publia une revue bimestrielle d'humour et d'érotisme masculine, Plexus, et une revue féminine, Pénéla.

Par l'intermédiaire de François Richaudeau, la ligne éditoriale du groupe s'articulait autour des éditions Denoël, avec les déclinaisons des éditions Retz, du Club de la Femme, du Club des Amis du Livre ou du CELT (Culture-Art-Loisirs), perpétuant en quelque sorte l'ébauche culturelle tentée juste après guerre avec Travail et Culture puis La Bibliothèque Mondiale de Victor Michon, Louis Pauwels et ce même François Richaudeau. Aujourd'hui, certains ouvrages des éditions du Rocher peuvent être considérés dans l'esprit des thèmes abordés par les membres de Planète.

Un véritable club [modifier]

La revue organisa des « Conférences Planètes », dont les trois premières éditions eurent lieu au théâtre de l'Odéon, à Paris, devant 1250 auditeurs. L'entrée fut refusée à 500 personnes lors de la première. Ces conférences se poursuivirent à travers la France, l'Italie, la Belgique, la Suisse, le Québec et jusqu'en Argentine, avec la participation de J.L. Borges, et au Mexique.

Des « Dîners-débats Planète » hexagonaux et européens furent lancés au travers des « Clubs-Ateliers Planète », supervisés jusqu'en 1977 par Adrien Bourgeois, responsable du « Mouvement Planète ».

La revue passa des accords culturels avec les Jeunesses musicales de France pour éditer des disques et organiser des spectacles, mais aussi publier une chronique culturelle régulière. Elle devint même en 1967 productrice de spectacles parisiens sur le vaudou, les derviches tourneurs, le flamenco andalou, et s'assura la participation des ballets et orchestre de Maurice Béjart au Palais des Sports de Paris. En mai 1962, Louis Pauwels organisa aussi dans une galerie parisienne une exposition de quatre des peintres « réalistes fantastiques » de la revue.

Planète s'associa aussi au Club Méditerranée pour proposer des séjours culturels (les « Forum Planète ») à Cefalù en Sicile durant deux étés, puis un autre à Corfou en Grèce, ainsi qu'en Inde (avec rencontre d'Indira Gandhi dans sa résidence), au Mexique, en Égypte, au Guatémala, au Pérou, aux États-Unis (sur le thème « Le monde futur »).

Succession [modifier]

Durant les années 1960, Robert Laffont tenta d'imiter le style (et le succès) de Planète avec sa revue Janus, dont les thèmes et le format se rapprochaient du modèle original, mais qui connut rapidement un échec.

Deux revues anglophones ont par la suite reflété une partie de l'« esprit Planète » : Omni et Wired Magazine. Cependant il s'agit de luxueux magazines en couleurs, alors que Planète était en noir et blanc et de format moyen et carré. Marc de Smedt et Patrice Van Eersel, anciens de Planète, imaginèrent une formule identique pour leur revue Nouvelles Clés. Enfin, la revue Science Frontières, de Jean-Yves Casgha, rédacteur en chef de l'émission Rayons X, se rapproche des précédentes.

Autre différence : Planète contenait très peu de publicité, et celle-ci était souvent d'allure austère, noir et blanc oblige.

Anecdotes [modifier]

  • Le snack « Elysée Quick » tout proche tenant très souvent lieu d'annexe à l'équipe rédactionnelle, sa cave servant de fourre-tout légendaire à la masse de documentation de Jacques Bergier. Deux fois par an, les membres de l'équipe éditoriale se retrouvaient dans une petite auberge de la vallée de Chevreuse durant 48 heures pour un bilan prospectif.
  • Jacques Bergier avait placardé dans son bureau personnel étroit et tout en longueur : « Il n'est pas indispensable d'être fou pour travailler ici... mais ça aide ! », avec surtout « Du calme, et de l'orthographe ! » (clin d'œil aux Pieds Nickelés).

Notes et références [modifier]

  1. Ventes francophones cumulées : 2 000 000 d'exemplaires
  2. Voir la bibliographie
  3. Les éditions néerlandaise et italienne sont toujours produites

Voir aussi [modifier]

Liens externes [modifier]

Bibliographie [modifier]

Principale :

  • Gabriel Veraldi, Planète (bandeau : « Planète revient »), éd. du Rocher, 1996. Livre commémoratif, 25 ans après la disparition de la revue.
  • Politica Hermetica, n°10, 1996, p 152 à 174 (éd. L'Age de l'Homme). Article du sociologue Jean-Bruno Renard, « Le mouvement Planète : un épisode important de l'histoire culturelle française ».
  • Clotilde Cornut, La revue Planète (1961-1968). Une exploration insolite de l'expérience humaine dans les années soixante, éd. de l'Œil du Sphinx, coll. « Les dossiers du Réalisme Fantastique n°1 », sept. 2006.
  • « La revue Planète », émission radiophonique de France-Culture le 09/09/2006.

Sur le phénomène Planète et ses critiques :

  • « Le Masque et la Plume », émission radiophonique du 21 février 1961: critique littéraire du Matin des Magiciens par Luc Estang (INA).
  • Le Courrier Rationaliste, mars 1961. Article d'Evry Schatzmann : « Le Matin des Magiciens, ou le monde à l'envers ».
  • Fiction n° 104, juillet 1962. Article de Sartene G. : « Réalisme fantastique ou fantastique idéalisme ? (à propos de Planète) ».
  • France-observateur, 17 juillet 1962. Article de François Herbault : « Planète, une revue qui avance à reculons ».
  • Arts et Spectacles, hebdomadaire du 27/02/1963. Article de Jean d'Ormesson : « Voici le temps des mystificateurs ».
  • Arts et Spectacles, hebdomadaire du 24/04/1963. Article de la sociologue Odile Passeron : « Neuf Planète au microscope ». Republié dans Le crépuscule des Magiciens.
  • Arts et Spectacles, hebdomadaire du 24/04/1963. Article d'André Parinaud : « Qui est malhonnête ? » (id.).
  • « La mystique de Planète ». Article de Umberto Eco de 1963, repris dans La guerre du faux, éd. Le Livre de Poche, 1985.
  • Maintenant (Canada), n° XXIX, mai 1964. Article d'Henri Dallaire : « Louis Pauwels et sa Planète ».
  • Le Petit Essayon, n° 3, 1965. Article de José Pierre : « Les fausses cartes transparentes de Planète, ou l'érotisme des laborantins qui chantent. Avec une petite contribution surréaliste au dossier de la confusion planétaire ». Repris dans Le Terrain Vague, éd. Eric Losfeld, 1966.
  • Arts et Spectacle, hebdomadaire du 24/04/1965. Article de Jean Servier : « Les faussaires de la science » (suite aux articles d'André Parinaud, Louis Pauwels et Jean Servier dans Arts et Spectacles du 10/03/1965).
  • Le Monde. Articles d'Edgar Morin, « Planète et anti-Planète », 1er (« Le phénomène et sa critique »), 2 (« Les thèmes de Planète ») et 3 juin (« Le drapeau planétaire ») 1965.
  • Fiction n° 142, septembre 1965. Article de Bruno Wauters : « Faut-il brûler les anthologies Planète ? ».
  • Yves Galifret et al., Le crépuscule des Magiciens. Le réalisme fantastique contre la culture, éd. de l'Union Rationaliste, 1965.
  • Mircea Eliade, « Modes culturelles et histoire des religions ». Article de 1965, repris lors d'un cours à l'université de Chicago en 1967, et dans Occultisme, sorcellerie et modes culturelles, éd. Gallimard, 1978.
  • « Planète », n° 35, juillet-août 1967. Article de Jean Lignel : « Lecteurs de Planète, qui êtes-vous ? ».
  • « Radioscopie » de Jacques Chancel, le 20 Févrer 1978, consacrée à Louis Pauwels, qui commente alors « l'aventure Planète ».
  • Problèmes politiques et sociaux, n° 450-451, 1982. Article de Jean-Claude Pecker : « Le Débat sur les phénomènes paranormaux », avec extraits de textes de Planète : « La planète des Magiciens », p. 23-30.
  • Michel Winock, Chronique des années soixante, éd. du Seuil, 1987, p. 74 à 77: « Le phénomène Planète ».
Genres de science-fiction
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07/10/2007
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