Les Fils de l'homme (film) - film de science-fiction post-apocalyptique américain - Partie 2

 

La révolution, la contestation [modifier]

Durant la visite de Theo à son cousin, on peut voir un dirigeable en forme de cochon flottant au dessus de la centrale électrique de Battersea. Ce plan est une référence à la couverture de l'album Animals des Pink Floyd[41], elle-même référence au livre La Ferme des animaux de George Orwell. Sur cette même centrale électrique, on peut voir l'un des nombreux clins d'œil du film aux artistes guérilleros[26], un mouvement d'artistes engagés. L'un d'eux, le pochoiriste britannique Bansky, a travaillé sur le film et plus précisément sur deux peintures murales. L'une d'elles est celle d'un enfant regardant un magasin et l'autre, celle de la centrale, représente deux policiers s'embrassant. Cet esprit a d'ailleurs été repris sur l'affiche française du film et à d'autres endroits du film avec des lettres coupées comme si elles avaient été dessinées à l'aide de pochoirs[42]. Les artistes graphiques sont aussi à l'honneur de le film puisque Jasper est un ancien cartooniste politique de renom en retraite. On peut voir ses dessins lorsque Theo est chez celui-ci. Les dits dessins ont été réalisés par Steve Bell[26], cartooniste, lui aussi renommé, mais bien réel, qui travaille pour The Guardian.

Pour Alfonso Cuarón, le film peut se voir plus généralement comme traitant des problèmes de communication entre les êtres et s'inscrire dans une trilogie avec deux autres films de réalisateurs mexicains sortis la même année : Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro et Babel d'Alejandro González Iñárritu[43].

L'espoir [modifier]

Les Fils de l'homme fait de l'espoir l'un de ses thèmes majeurs dès la première phrase de la bande-annonce française par une réplique intérieure de Theo Faron[44] :

« Je me souviens plus très bien quand j'ai commencé à perdre espoir et encore moins quand tout le monde a commencé à le perdre. »

Il met également ce thème en relation avec celui de la foi[45], qui fait ici face à la futilité[14] et au désespoir[46]. Sur le plan symbolique, le désespoir est représenté par le logo du film ci-dessus : un fœtus à l'intérieur d'un œil versant une larme, la couleur rouge évoquant peut-être le sang.

La cause de l'infertilité n'est jamais expliquée même si l'on évoque une destruction environnementale ou encore un châtiment divin[47]. Ce flou a été volontairement cultivé par Alfonso Cuarón, qui se refuse à donner toutes les clefs au spectateur[48]. Le roman à l'origine du film décrit ce qui se produit quand une population ne peut plus se reproduire et l'explique par l'infertilité des hommes[49]. Le film octroie celle-ci aux femmes[14]. Kee, la jeune africaine, représente donc le dernier espoir de l'humanité. Le thème de l'infertilité apparaît alors comme la métaphore de la perte d'espoir des hommes[14] et le bébé de Kee, comme un symbole de renouveau et de rédemption[50].

Pour Alfonso Cuarón, Theo Faron incarne la part d'humanité du film, son espoir est juste « caché sous un maquillage d'immobilité »[18].

Selon le réalisateur, la fin du film permet à chaque spectateur de donner un sens à l'espoir suscité par les scènes finales. Selon lui, une personne optimiste y verra beaucoup d'espoir quand une personne pessimiste y verra quelque chose de totalement désespéré[9]. Il a entendu, par ce film, non pas présenter une « vision pessimiste du futur mais une version réaliste du présent »[18].

Aspects légendaires et religion [modifier]

Les Fils de l'homme est décrit par son réalisateur comme un film miroir à son film Y tu mamá también. Ce sont tous les deux des road movies. On peut comparer Les fils de l'homme, dans son écriture, à une odyssée héroïque classique comme L'Énéide, de Virgile, La Divine Comédie, de Dante, ou encore Les Contes de Cantorbéry, de Chaucer, où les passages clefs sont à chercher sur la route plutôt qu'à l'aboutissement[35]. C'est un parcours initiatique sur le chemin de la conscience[36] et pour Theo, plus particulièrement, un voyage presque mystique du désespoir vers l'espoir[51].

Le titre, d'emblée, pose la religion comme thème important du film, déjà présent dans le livre éponyme. Le sujet du film apparaît en effet comme l'allégorie du psaume chrétien 90 de la Bible du roi Jacques[52] dont voici le troisième verset[53] :

« Tu réduis les mortels en poussière, et tu dis: Retournez, fils de l'homme ! »

P.D. James décrit son roman comme une « fable chrétienne »[54] alors qu'Alfonso Cuarón, lui, ne conçoit pas son film comme « un regard sur le christianisme » et ce même s'il n'exclut pas la spiritualité : il ne s'intéresse pas aux dogmes[9].

La symbolique chrétienne est omniprésente dans le film. Par exemple, les terroristes britanniques se nomment les « Poissons »[55] qui sont un symbole majeur de christianisme.

Le film ayant été lancé le jour de Noël aux États-Unis, Kee et Theo ont été comparés a Joseph et Marie[56] et le film qualifié de « récit de la nativité contemporain »[57]. De plus, le fait que Kee soit enceinte est révélé à Theo dans une étable est une allusion à la scène de la nativité. À cela, s'ajoute le fait que, quand les autres personnages voient Kee et son bébé, ils prononcent le nom de Jésus-Christ ou font le signe de croix[58].

Pour souligner ces thèmes spirituels, Alfonso Cuarón a commandé un morceau de quinze minutes au compositeur britannique John Tavener, chrétien orthodoxe, dont le travail a eu pour thèmes : la maternité, la naissance, la renaissance et la rédemption aux yeux de Dieu. Le nom du morceau est Fragments of a Prayer (Fragments d'une prière).

Le lexique religieux est également très employé, dans un vaste syncrétisme, tout au long du film[59] :

  • mata (mère en sanskrit) ;
  • pahi mam (protège moi en sanskrit) ;
  • avatara (sauveur en sanskrit) ;
  • alleluia (de l'hébreu)[60].

Enfin, à la suite des dernières scènes et du générique, il y a une prière hindoue pour la paix en sanscrit : Shantih shantih shantih. On retrouve aussi ces mots à la fin d'un upanishad et à la dernière ligne du poème de Thomas Stearns Eliot : La Terre vaine[61]. Les prières et les invocations sont d'ailleurs nombreuses tout au long du film, notamment à travers le personnage de Miriam.

Quant à l'organisation quasi-légendaire Renouveau Planétaire, elle peut se concevoir comme la possibilité d'évolution de la compréhension humaine[38].

Un futur proche... [modifier]

Alfonso Cuarón a demandé au département artistique de positionner le film comme un « anti-Blade Runner »[62], le film de Ridley Scott (1982), en rejetant toute proposition de technologie avancée et en minimisant les éléments de science-fiction présents dans l'année 2027.

Le réalisateur s'est basé sur des images reflétant notre époque[63], choisissant d'ajouter des technologies innovantes à partir d'une inflexion de la ligne du temps en 2014. Ce qui l'intéressait dans ce film, ce n'était pas « se laisser distraire par le futur », mais de « transporter le public dans une autre réalité »[64].

Ainsi, dans la tour de Bexhill, Theo porte un maillot des jeux olympiques de Londres de 2012[26] ; la majorité des voitures utilisées lors du film sont des voitures actuelles d'aspect futuriste[26] (la Renault Modus, la Renault Avantime, la Renault Mégane II et la Fiat Multipla). La volonté de créer un film d'anticipation crédible est marquée dès le début du film, quand Theo descend du train, les soldats britanniques portent le fusil expérimental XM8[26].

Par ailleurs, le film s'empare de thématiques actuelles comme l'immigration et l'opposition à celle-ci, qui restent profondément d'actualité au Royaume-Uni et dans les autres sociétés occidentales[9]. Ce sujet nourrit l'arrière-plan du film et peut faire penser aux vagues d'écoréfugiés prévues dans quelques années.

Autour du film [modifier]

Box-office [modifier]

Le film ayant coûté 76 millions de dollars[1], il est considéré comme étant un échec commercial en salles avec ses 69 217 002 USD de recettes mondiales sachant que les studios gagnent environ 55% de cette somme[65] (à noter que les ventes internationales, les ventes de DVD ainsi que les diffusions télévisées sont des sources rémunératrices non négligeables). Voici un tableau résumant certains des résultats enregistrés au box-office par pays[66] :

Box-office mondial par pays du film Les Fils de l'homme
Pays Box-office Pays Box-office Pays Box-office Pays Box-office
Allemagne Allemagne 1 302 303 $ Danemark Danemark 193 643 $ Japon Japon 3 512 374 $ République tchèque République tchèque 301 303 $
Argentine Argentine 490 252 $ Égypte Égypte 15 944 $ Lettonie Lettonie 26 361 $ Roumanie Roumanie 88 977 $
Australie Australie 2 166 804 $ Espagne Espagne 2 180 299 $ Lituanie Lituanie 17 826 $ Royaume-Uni Royaume-Uni 9 203 229 $
Autriche Autriche 211 251 $ Estonie Estonie 13 839 $ Macédoine Macédoine 2 399 $ Serbie-et-Monténégro Serbie-et-Monténégro 12 947 $
Belgique Belgique 835 276 $ États-Unis États-Unis 35 327 768 $ Mexique Mexique 2 499 226 $  Slovaquie 40 596 $
Brésil Brésil 307 386 $ France France 2 604 911 $ Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande 241 564 $ Slovénie Slovénie 19 494 $
Bulgarie Bulgarie 33 281 $ Grèce Grèce 917 309 $ Norvège Norvège 62 261 $ Suisse Suisse 448 151 $
Chili Chili 150 547 $ Hongrie Hongrie 173 928 $ Pays-Bas Pays-Bas 356 329 $ Turquie Turquie 429 950 $
 Colombie 193 435 $ Islande Islande 55 157 $  Pologne 319 085 $ Ukraine Ukraine 167 309 $
Croatie Croatie 49 596 $ Italie Italie 2 174 797 $ Portugal Portugal 451 381 $ Venezuela Venezuela 210 232 $

Le film a vu son résultat s'améliorer grâce au DVD, où il a engrangé environ 26 millions de dollars, et ce seulement dans le réseau locatif américain[67].

Réception [modifier]

Critiques [modifier]

Le film a été globalement bien accueilli par la critique.

Dans Slate Magazine, on proclame « l'arrivée d'un grand réalisateur » et de « deux des plans-séquence parmi les plus virtuoses jamais vus »[57]. Dans le New York Times, le film est « superbement réalisé »[40]. Dans le Film Journal International, Les Fils de l'homme est « l'un des meilleurs films de l'année »[36]. Enfin, dans The Independent, on félicite l'acuité avec laquelle Alfonso Cuarón fait le portrait de la Grande-Bretagne, mais on critique le caractère ordinaire du monde futuriste présenté[68].

En France, selon Télérama, le discours du film est « rageur et saisissant »[69]. Pour Les Inrockuptibles, Les Fils de l'homme possède une énergie « émouvante parce que branlante et incarnée ». Première pense presque tenir « le film d'anticipation de la décennie ». Cependant, selon les Cahiers du Cinéma, rien ne « dépasse le stade infantile de l'illustration ». Pour Studio Magazine[70], c'est « une leçon de cinéma ». Enfin, en ce qui concerne Ciné Live, ils résument leur avis en un mot : « respect »[71].

Pour accentuer cette réputation, de nombreux sites web de référence dans le cinéma réunissent d'excellentes notes données par les internautes pour le film, comme sur Internet Movie Database ou Rotten Tomatoes[72].

Récompenses [modifier]

Le film a été nommé à de nombreuses récompenses mineures ou majeures et en a obtenues certaines[73] :

  • BAFTA 2007
    • BAFTA de la meilleure photographie pour Emmanuel Lubezki
    • BAFTA du meilleur production design pour Geoffrey Kirkland, Jim Clay et Jennifer Williams
    • Nommé au BAFTA des meilleurs effets spéciaux pour Frazer Churchill, Timothy Webber, Mike Eames et Paul Corbould
  • Prix d'associations de professionnels du cinéma
    • Prix de l'American Society of Cinematographers 2007
    • Prix de la Visual Effects Society 2007
      • Nommé au Prix VES du meilleur effet visuel de l'année pour Timothy Webber, Lucy Killick, Andy Kind et Craig Bardsley pour la séquence de la naissance
      • Nommé au Prix VES des meilleurs effets visuels secondaires pour un film pour Lucy Killick, Frazer Churchill, Timothy Webber et Paul Corboul
    • Prix d'excellence de la production de l'Art Directors Guild 2007
      • Nommé au Prix d'excellence de la production pour un film fantastique pour Jim Clay, Geoffrey Kirkland, Gary Freeman, Malcolm Middleton, Ray Chan, Paul Inglis, Mike Stallion, James Foster, Peter James et Stephen Forrest-Smith
    • Prix Golden Reel de la Motion Picture Sound Editors 2007
      • Nommé au Prix Golden Reel du meilleur montage son de la musique pour un film pour Michael Price
      • Nommé au Prix Golden Reel du meilleur montage son des effets sonores et du foley pour un film étranger pour David Evans, Richard Beggs, Bjorn Ole Schroeder, Sam Southwick, Tony Currie, Iain Eyre, Nick Lowe, Harry Barnes, Stuart Morton et Peter Burgis

Annexes [modifier]

Pour aller plus loin [modifier]

Liens internes [modifier]

Liens externes [modifier]

Références [modifier]


10/05/2008
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