Un Clone Humain à Durée Déterminée

 

Un Clone Humain à Durée Déterminée

Dimanche 25 novembre 2001, la firme américaine Advanced Cell Technology annonce la création du premier clone d’embryon humain. Pas question pour autant de cloner des bébés, mais plutôt d’obtenir des cellules souches potentiellement capables de traiter des maladies incurables. Cette première mondiale suscite autant d’intérêt de la part des sociétés de biotechnologies que de controverses éthiques. Retour sur cet événement.

Le gynécologue italien Antinori promettait le premier embryon cloné avant fin 2001. Et bien, ces "cloneurs" de l’extrême se sont finalement fait coiffer au poteau par la firme américaine Advanced Cell Technology. Mais pour cette société, il n’est pas question de clonage reproductif mais de clonage thérapeutique.

Un Clone à Durée Déterminée qui ne passe pas sa période d’essai

Premier clonage d'embryon humainDepuis quelques années, on peut dire que les chercheurs clonent et "déclonent" à plein tube à essai. Les scientifiques américains ont utilisé la même technique que l’équipe Ecossaise de la société PPL Therapeutics à l’origine de la première et célèbre brebis clonée, Dolly. Schématiquement, il ont prélevé le noyau d’une cellule d’un adulte qu’ils ont ensuite transféré dans un ovocyte préalablement vidé de tout matériel génétique (pas de noyau). Différentes stimulations électriques et/ou chimiques ont permis la stimulation de l’oeuf créé et un début de développement embryonnaire.

Car c’est bien des prémices du début d’un développement embryonnaire dont il s’agit actuellement. Sur les 71 tentatives effectuées par la firme américaine, une seule cellule s’est divisée jusqu’à atteindre six cellules, avant de mourir.

A ce stade, l’embryon est inutilisable, incapable de constituer les réserves de cellules souches tant recherchées. Pour qu’il le soit, il aurait fallu que les divisions cellulaires se poursuivent jusqu’à former quelques centaines de cellules. Ainsi, certains chercheurs ne se privent pas de commenter en coulisses ce "formidable échec expérimental devenu LA découverte". Mais au-delà de ce joli coup médiatique, c’est une véritable barrière éthique qui vient d’être franchie, comme en témoigne les différentes réactions à l’échelle mondiale.

Tempête autour de l’éprouvette

"Notre intention n'est pas de créer des êtres humains clonés, mais plutôt de mettre au point des thérapies salvatrices pour un large spectre de maladies humaines, telles que le diabète, les attaques cérébrales, les cancers, le sida ou les maladies neurodégénératives, comme Parkinson ou Alzheimer", précise le Docteur Robert Lanza, vice-président d'ACT.

L’entreprise annonce clairement ne pas vouloir recourir au clonage reproductif condamnée par la plupart des instances mondiales garantes des questions de bioéthique. Le but de ce clonage dit thérapeutique ou transfert nucléaire est d’obtenir des cellules souches capables de reconstituer les tissus lésés de l’organisme. Contrairement aux autres cellules souches (embryonnaire ou issue du cordon ombilical), les cellules souches issues de cette technique auraient l’avantage de ne pas causer de réaction immunitaire2. Le patrimoine génétique des cellules clonées étant le même que celui dont elles sont issues.

Mais peu importe, "la porte du clonage humain est désormais ouverte" déclarent nombre de spécialistes de l’éthique. On a ainsi pu entendre tour à tour le Président Georges Bush rappeler qu’il est "opposé à 100 % à tout type de clonage humain", le Ministre de la Santé italien juger l’expérience d’" inacceptable", son homologue allemand la qualifier d’"irresponsable" tandis que le Vatican réaffirmait ses positions sur le statut de l’embryon.

Deux jours après l'annonce de la compagnie ACT, le ministre de la Recherche, Roger-Gérard Schwartzenberg annonçait que la France et l'Allemagne avait déposé auprès de l'ONU un projet de résolution visant à préparer une "convention internationale contre le clonage d'êtres humains à des fins de reproduction".

Mais pourquoi avoir annoncer ce "non-événement scientifique" au risque de déclencher une véritable tourmente éthique ?

Biotechnologies : nouvel eldorado ou nouveau western ?

Cette première mondiale n’a pas été publiée dans une revue de référence scientifique mais dans le "Journal of Regenerative Medicine", revue privée parrainée par des sociétés de biotechnologie. De plus, la société américaine n’en est pas à son coup d’essai :

  • En 1998, elle annonce le clonage de bovin transgénique ;
  • En octobre 2000, elle annonce le clonage d’une espèce en voie d’extinction ;
  • Le 22 novembre 2001, elle certifie la bonne santé des bovins clonés selon leurs procédés.

Cette société propose également le stockage des cellules de votre animal favori, qu’elle se proposera de cloner (dès que techniquement elle en sera capable). Spécialisée en clonage, la société Advanced Cell Technology est sans nul doute également experte en communication scientifique… et financière.

David Bême

Créé le 01 novembre 2001

1 - Journal of Regenerative Medicine, Dec 2001, Vol. 2, pp: 25 - 31
2 - Cette hypothèse connaît actuellement quelques bémols suite au séminaire
     scientifique qui s’est tenu à Londres le 5 novembre 2001 sur le sujet.



31/10/2013
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