Hormone de croissance, hormone de jouvence ?

 

Hormone de croissance, hormone de jouvence ?

Taille plus fine, os plus denses, muscles plus développés... L’hormone de croissance semble avoir des effets positifs sur bien des parties du corps. Pourtant, les études sont encore insuffisantes pour pouvoir la recommander comme traitement antivieillissement.

Le vieillissement s’accompagne d’un déclin plus ou moins brutal de la sécrétion d’un grand nombre d’hormones. L’exemple le plus caractéristique en est les estrogènes, qui s’effondrent à la ménopause. Mais d’autres substances sont également concernées, notamment l’hormone de croissance, sécrétée par l’hypophyse. Différents travaux indiquent que la baisse de cette hormone est associée à une diminution de la masse et de la force musculaire, à une augmentation de la masse graisseuse et à une altération de la qualité de vie, voire à des troubles du sommeil. Vouloir corriger ce déficit, dans l’espoir d’effacer les différentes conséquences du vieillissement, est une option tentante. Mais encore faut-il démontrer que retrouver le taux d’hormone de ses vingt ans suffit à se façonner un corps plus jeune.

Plus de forces

Hormone de croissance, hormone de jouvence ?Plusieurs études indiquent les effets favorables que pourrait avoir un tel traitement. Un travail hollandais1 a montré ainsi que l’hormone de croissance facilitait le rétablissement après une fracture du col du fémur, mais seulement chez les personnes de plus de 75 ans. Après 24 semaines, 93,8 % des patients traités par l’hormone de croissance avaient retrouvé leurs conditions de vie habituelles, contre 75 % seulement des patients qui avaient reçu un placebo.

De même une étude2 menée chez des sujets âgés sous hémodialyse, en raison d’une insuffisance rénale, indique que le traitement par hormone de croissance améliore l’état nutritionnel des patients et leur force musculaire, ce qui est important pour ces personnes souvent en très mauvais état général. D’autres données3 vont dans le même sens, en concluant à un effet positif du traitement par l’hormone de croissance, mais toujours chez des personnes malades.

Des réactions indésirables

Qu’en est-il pour les personnes en bonne santé ? Les études sont beaucoup plus rares et contradictoires, à ce sujet. Des chercheurs japonais ont observé que l’hormone de croissance augmente la masse osseuse et la force musculaire et diminue la graisse abdominale chez la femme ménopausée4. Mais cette étude ne porte que sur huit femmes… Par ailleurs, le traitement s’est accompagné d’un léger oedème et de douleurs articulaires.

Ces réactions indésirables ont également été constatées dans une étude américaine5, où les effets de l’hormone de croissance ont été testés chez 13 hommes âgés dénutris. Outre les oedèmes, une chute de la pression artérielle lors du passage de la position assise à la position debout a été observée, conséquence non négligeable pouvant entraîner des chutes. Les auteurs recommandent donc la prudence, tout en précisant que cette mauvaise tolérance était peut-être liée à l’emploi de doses trop élevées.

Attention aux effets indésirables

Ces résultats sont-ils suffisants pour préconiser l’hormone de croissance comme traitement “antivieillissement” ? La réponse est sans aucun doute non, même s’il existe des éléments très encourageants pour poursuivre les recherches, et la législation française le reconnaît en n’autorisant l’hormone de croissance que dans certains indications précises et sous surveillance étroite (certains retards de croissance et les déficits bien identifiés en cette hormone).

Les incertitudes sur les effets bénéfiques à long terme de ce traitement demeurent, les études n’ayant été menées que pendant quelques mois. De nombreux spécialistes craignent qu’une administration prolongée augmente le risque de cancer. En revanche le risque de maladie de Creutzfeldt-Jakob, lié aux hormones extraites de cadavres, n’existe plus dans les circuits officiels, depuis que l’on dispose d’hormones synthétiques obtenues par génie génétique. Cependant un marché parallèle s’est développé, comme pour d’autres produits antivieillissement. Pour des raisons évidentes de sécurité, ils sont formellement déconseillés.

Dr Chantal Guéniot

1 - Eur J Endocrinol 2000 Nov;143(5):585-92.
2 - Am J Kidney Dis 1999 Apr;33(4):709-17.
3 - Endocr Rev. ;1994;15:233-260.
4 - Clin Endocrinol (Oxf) 1999 Dec;51(6):715-24.
5 - J Gerontol A Biol Sci Med Sci 1998 May;53(3)

 



31/10/2013
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